Le dolmen de Raspailhac

  •  Patrimoine et histoire

  • L’occupation du site de Saint Vincent d’Olargues, remonte à la préhistoire comme le montre le dolmen de Raspailhac dont les vestiges sont exposés au musée d’Olargues. Le premier nom connu de la commune fut Collines et Rochers, puis Vincent de Collines et Rochers, ensuite Saint Vincent de Largues, pour devenir Saint Vincent. Ce n’est qu’en 1955 que fut adoptée la loi la dénommant Saint Vincent d’Olargues.

   L’histoire de la commune est liée à l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, fondé par Pierre-Gérard de Martigues vers 1099, qui sera nommé fondateur et chef de l’Ordre par le Pape Pascal II en 1113. La présence des Hospitaliers est mentionnée dès 1132 avec Enjalbert d’Olargues qui percevait la dime dans la paroisse de Saint Vincent. En 1157, Pons 1er d’Olargues (1130- ?) donne à l’Hôpital l’église de Saint Vincent avec ses dépendances, le cimetière, les dimes, la terre et les jardins. En 1166, donation par Amblarts Gairels du Mas de Caille. En 1228, Pons II d’Olargues demande à être enterré dans le cimetière de l’Hôpital de Saint Vincent et lègue dans son testament Le Mas de Baignes, destiné à fournir l’entretien à perpétuité, dans cette église, d’un prêtre pour prier et célébrer la messe à l’intention de toute sa famille. (Sources : 1883, Grand Prieuré de Toulouse, M.A. Du Bourg). Elle devient Commanderie dépendante du Grand Prieuré de Saint Gilles dans les premières décennies du XII siècle et sera rattachée vers le milieu du XIVème siècle à la Commanderie de Narbonne. Les Commanderies Hospitalières sont destinées à procurer des fonds pour soutenir l’action des Hospitaliers en Terre Sainte.

      Le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui a probablement été édifié par les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem à la fin du XIIème siècle. L’église était à nef unique dotée par la suite de deux collatéraux. Le clocher quant à lui est daté du XVIIIème siècle ainsi que le blason représentant les armes d’un Commandeur ayant ordonné les travaux. Il est probable que le bâtiment qui avoisine l’église devait être la Commanderie, il devait être plus étendu puisque le puits était situé au centre. Ce type de bâtiment avait pour vocation d’abriter les récoltes, les redevances en nature, il comprenait des caves, celliers, écuries, greniers en plus des salles hautes telles les chambres, cuisines, remises, mais aussi le lieu de pouvoir : audience et prison. Cet édifice a été construit après la donation aux Hospitaliers et a subit des remaniements au cours des siècles.

croix cimétériale face2 croix cimétériale face1Le calvaire du cimetière, appelé aussi Croix Cimétériale, de Saint Vincent d’Olargues a été classé monument historique le 30 septembre 1911. Il est sculpté dans du marbre de Saint Pons de Thomières. Sa réalisation a pu être datée entre la fin du XVème et le 1er quart du XVIème. Elle semble être l’œuvre des chevaliers par sa richesse d’ornementation. Initialement placé au centre de l’ancien cimetière sous l’actuelle place du village, le calvaire a été transféré dans le porche de l’église. Pendant de longues années les intempéries l’ont dégradé. Sa beauté et la rareté de ce type d’ouvrage (on en dénombre seulement une dizaine en France) ont nécessité une intervention d’urgence pour sa sauvegarde. A l’initiative de la commune, elle fut restaurée par le sculpteur Jean Loup Bouvier.
Aujourd’hui protégée à l’intérieur de l’église, le calvaire est visible aux heures d’ouverture de la mairie et à l’occasion des journées du  patrimoine. Brochure Croix Cimétériale

Deux personnalités sont liées à Saint Vincent d’Olargues :

       La première est Bernardin de Baux, Commandeur de Saint Vincent et qui fut Général des Galères de France de 1518-1520, Chevalier de Rhodes, qui participa en 1516 avec une escadre de 24 vaisseaux aux combats contre la flotte turque.
Dans son ouvrage « Histoire de la ville de Marseille » paru en 1696, Antoine de Ruffi rappelle que Bernardin de Baux, Chevalier de l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem et Commandeur de Saint Vincent de Largues, fut élevé à la charge de Général des Galères en 1518 et qu’il exerça qu’une seule année, car il se démit de sa charge pour aller servir sa religion.

      Il reçut de Louis XII ou François 1er, la terre de Baux. Il combattit plus sur mer que sur terre, à tel point qu’il avait acquis la réputation d’un des meilleurs capitaines de la mer Méditerranée. Après s’être démis de sa charge, il se trouva à la prise de Rhodes, au siège de Marseille par Charles de Bourbon. Suite à un combat contre les turcs, vers les iles de Marseille, il mourut de ses blessures à Nice au mois d’aout 1528 âgé de 60 ans.

     La seconde personnalité est Dom Ferdinand Vidal, Martin Clément Vidal, né le 30 janvier 1883 à La Mazarié, hameau de Saint Vincent d’Olargues. Fils d’une modeste famille d’agriculteurs, il était connu pour être un gamin facétieux, n’hésitant pas à arracher les salades pour les replanter à l’envers, enfant turbulent mais intelligent. Il fut recommandé et entra au Petit Séminaire. Ses études finies au Grand Séminaire de Montpellier, il fut affecté par le Cardinal de Cabrière, comme Vicaire de la paroisse Saint Louis de Bédarieux,  puis de la cathédrale Saint Etienne d’Agde et ensuite de la paroisse Sainte Eulalie à Montpellier. Il exprima le souhait de rentrer dans le clergé régulier et plus particulièrement dans l’Ordre des Chartreux, fondé en 1084 par Saint Bruno, dont le monastère est situé en Isère. Le 29 avril 1903, les moines furent expulsés et la communauté se réfugia en Italie à la Chartreuse de Farneta.


En mai 1940, le Consul français de Livourne, en raison de l’entrée imminente en guerre de l’Italie, conseilla au Père Général et aux moines de rentrer en France. Dans le contexte de la débâcle, le Révérend Père Général Dom Ferdinand Vidal et ceux qui l’accompagnaient, purent s’installer provisoirement à Orgeoise, dans le faubourg de Voiron (Isère), où demeuraient des Frères Convers chargés de la fabrication de la liqueur. Après avoir tenté en vain d’atteindre le gouvernement français replié à Bordeaux pour en obtenir la permission de rentrer à la Grande-Chartreuse, Dom Vidal envoie des religieux pour réoccuper la Grande-Chartreuse, avant que les Allemands, qui étaient déjà à Voreppe, n’y arrivent. Les premiers Pères se présentent le 29 mai, passant outre l’opposition du Préfet de l’Isère, M. Perrier, le maire de Saint-Pierre de Chartreuse, M. Villars, réquisitionna le monastère « pour y abriter des réfugiés ». Le 9 juin, Georges Mandel, Ministre de l’Intérieur, régularise la situation. Le 10 juin l’Italie entre en guerre. Le 21 juin 1940, lendemain de l’annonce de l’Armistice, trois Pères reprirent officiellement possession des bâtiments.
Dom Ferdinand Vidal fut Profès à Montrieux, Procureur de la Grande Chartreuse  et enfin Prieur Général de l’ Ordre des Chartreux. Lorsqu’il était Procureur, il rendit plusieurs fois visite à ses parents et amis à St Vincent d’Olargues. Grâce à lui, furent mis en place le musée de la Correrie, qui fait découvrir la vie des moines à la Grande Chartreuse et l’installation d’une maison de l’Ordre des Chartreux en Amérique, plus précisément à Arlington dans le Vermont.
Philippe Prétègne